PROGRES et RENOUVEAU

Mieux vivre à Rosières

 

 

 

 










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Rédaction: Notes à nos lecteurs

   L’aveu

Le 28 juillet, Parisot comparaît de nouveau devant le prévôt: nouvelles dénégations. Étendu à nouveau sur l'échelle et torturé, il répète que « maintenant Dieu parle pour lui », qu'il n'est pas sorcier, qu'il a confessé « parce que nous le desrompions ». Finalement estiré et desmembré (comment résister jusqu'au bout ?), sous la violence de la douleur, c'est l'aveu: (que nous résumons)

« A respondu: je suis sorcier à tous les mille diables ! »...

 « Oui, j'ai connu Mre Persin oui, j'ai été au sabbat etc. ». C'est terrible !

Pour les juges, c'est une nouvelle manoeuvre de Satan. L'accusé « se parjure », « il est contraire et varie en ses discours »...Et « destiré ung peu davantage... »

« A dict,  je suis sorcier depuis huict ans et avoir esté séduit à l'étang Collotte nous priant de le faire mettre auprès du feu et qu'il nous dirait tout sur la damnation de son âme.

« Sur quoy, l'avons faict conduire auprès du feu et interrogé comme auparavant ».

Suit une longue et étrange histoire, celle que nous connaissons, et déjà avouée, de ses rapports avec Maistre Persin, et du cornet de papier... etc « Et luy qui respond, s'acheminant vers la ville ouvrit le dict cornet où il re­congnut qu'il estoit descu et fasché. Que depuis, le dict Maistre Persin est apparu à luy quatre fois, la dernière y a environ quatre ans et le batty très bien pour n'avoir voulu adhérer aux desseins qu'il avoir, comme il estime, de luy faire faire du mal... »

Cet aveu, aussitôt consigné par écrit, lui est relu le premier Août : « enquis sur quelqu’unes d’icelles (les confessions) sy elles estoient véritables, a persisté et dit vouloir mourir volontiers...nayant voulu déclarer les maulx qu'il a faict, ny qui sont ses complices... »

La sentence

Les maîtres échevins de Nancy le condamnent à mort le 2 août. Puis c'est au tour de « Nous Nicolas Michel et Jean Aubriot, eschevins de la justice ordinaire de Rosières » qui disent « que le dict Parisot est suffisamment atteint et convaincu du dit Crime pour réparation de quoy l'avons condamné et condamnons à estre mis au quarcant (carcan), à la vue du peuple puis conduict au lieu accoutumé à ce supplice par le feu, pour y estant attaché à ung poteau qui y sera dressé à cet effect, estre estranglé, puis son corps sera brûlé et réduict en cendres, ses biens acquis et confisqués, a quy il appartiendra les frais de justice raisonnable sur iceulx prints au préalable, provenant du dict prévenu.

Au dict Rosières, cejourd'huy quatre août 1612 ».H. Nardin.

Photo : le bûcher

Eau-forte de Jan Luyke, Pays-Bas, 17° siècle

la marquise de Brinvilliers passée à la question

Les frais de justice

« Le soubscript prévost de Rosières confesse avoir reçu de Monsieur Vinaize receveur du dit lieu la somme de sept francs par de luy, et ce, pour avoir faict faire la dite exécution du dénommé au présent procès pour crime de sortilège. Ce jourd'huy quatrième aoust 1612. F. Thouvenot ». (Le coût des fagots et le salaire du bourreau ?!)... 

La fin de la terreur

En 1633, les Français occupèrent la Lorraine, le tribunal des échevins de Nancy fut supprimé. Les nouveaux juges étaient plus éclairés.. quelques années plus tard, en 1682, un édit, sous l’inspiration de Colbert, interdit aux tribunaux d’admettre une accusation de sorcellerie... (M.Noircière).

 Note sur le Procureur de Nancy

CM Remy : membre du tribunal du Change, Procureur général de Lorraine, se vante dans son livre « la Démolâtrie » (1595), d’avoir envoyé au supplice 900 victimes. Pfister : « Il s’éteignit doucement entouré du respect de tous. C’était un fort honnête homme que ce Nicolas Rémy qui avait envoyé au bûcher 2000 à 3000 sorciers, la plupart sans doute innocents »

Comment accuser quelqu’un de sorcellerie ?

 "une dénonciation de voisins envieux suffit: ”Il a des relations charnelles avec une brebis”, “Elle a caressé mon cheval et il est tombé malade”, et le prévôt met en route l’enquête. Le procureur requiert alors l'emprisonnement de l’accusé, qui n’a pas droit à un avocat contrairement à l’Alsace. Il s’ensuit le “récolement”, (confrontation avec les témoins) qui confirment leurs accusations : dans le cas contraire, ils risquent eux-mêmes le bûcher... « Si l'accusé avoue spontanément, il est jugé et exécuté dans les trois jours. S'il nie, le procureur requiert du Tribunal du Change à Nancy  l'autorisation de pratiquer la question ordinaire ou la question extraordinaire ».

La première, en Lorraine, se réduit aux grésillons (on écrase à plat les mains ou les pieds avec une vis à écrou) et à l'échelle (l'accusé y est allongé et ses membres sont étirés avec une poulie et un tourniquet).S'il ne reconnaît toujours pas avoir eu commerce avec le Malin, on passe à la question extraordinaire, qui comprend les tortillons (les membres de l'accusé, toujours sur l'échelle, sont compressés jusqu'à éclater), et l'estrapade (on suspend la victime par les bras avec un poids de 30 kg aux pieds et on le laisse tomber... à ras du sol !)

A ce stade, 99 % des malheureux et des pauvresses ont déjà avoué. Ils seront brûlés sous 72 heures: S'ils résistent, le chirurgien remet en place comme il le peut leurs membres disloqués et ils s'en retournent chez eux plus ou moins estropiés. Mais à la moindre incartade, ils seront renvoyés devant leurs tourmenteurs.

Petit détail croquignolet: les biens des suppliciés sont confisqués et vendus pour payer les juges, le bourreau, le chirurgien, le bois du bûcher... et le reliquat est partagé entre le seigneur local et le Duc de Lorraine."

(source: Est magazine du dimanche 28 10 2007, par Gérard Charut: interview de J.Roehrig*)

Photos : echelle, estrapade et autres tortures

 

 

Quand a commencé la grande chasse aux sorcières ?
"Pas au Moyen Âge, comme on le croit souvent. A cette époque, le diable est une figure assez sympathique qu'on caricature dans les églises et qu'on berne dans ces contes populaires appelés les “diableries”. En revanche, tous les malheurs du monde lui sont imputés à partir de la Renaissance. La grande chasse aux sorcières s'étend de 1501 à 1621 où l'on dénombre rien qu'en Lorraine 2.013 victimes."
Qui va être accusé de sorcellerie ?
"Les guérisseurs, les rebouteux, dits “coupeurs de secrets”, les sages-femmes que naguère encore on vénérait et qu'on dénonce notamment en Lorraine germanique comme étant des tueuses de bébés, qui les font rôtir pour obtenir des onguents et brûlent leurs mains pour confectionner des cierges magiques qui ne s'éteignent jamais. On met dans le même sac les adeptes de la magie noire qui font appel au diable pour commettre le mal, et les tenants de la magie blanche qui elle, intercède auprès des saints pour faire le bien."
Que reste-t-il de la mémoire sorcière en Lorraine ?
"D'abord, les recettes et dépenses de la Chambre des comptes qui achetait le bois du bûcher, payait les juges, le chirurgien assistant aux tortures, etc. Ensuite, quelques “croix d'exorcisme” dressées où avaient lieu les sabbats, comme celle datant de 1555 près de Gérardmer. Enfin, des noms de lieux: il existe des places et rues du Gibet un peu partout, et c'est sur le plateau de la Justice à Epinal qu'étaient exécutées les sentences.
On dressait les bûchers extra-muros pour éviter la propagation du feu aux maisons en bois, sauf pour les “bougres”, ou zoophiles, qui étaient brûlés en ville avec leur chien, leur truie ou leur chèvre, dont le diable était sensé avoir pris l'apparence. Et toute la population, enfants compris, était sommée de suivre le martyre de ces sorciers, les plus honnis de tous."

  Source: L'est magazine du dimanche 28 10 2007,  J.Roehrig*

A la mémoire de nos sorcières... Souvenons-nous...

Blaison Jeannette, 54 ans, de Rosières-aux-Salines, veuve de François Legris, brûlée en 1612,

Dur Isabeau,60 ans, de Rosières-aux-Salines, veuve de Jean Dur, brûlée en 1612

Parisot François, 71 ans, manouvrier de Rosières-aux-Salines, brûlé en 1612

Gerardin Jeanne, de Velle-sur-Moselle, brûlée à Velle-sur-Moselle, en 1587

Grandjean Alexia, brûlée à Blainville-sur-l’Eau en 1587,

Henriat Humbert, de Blainville-sur-l’Eau, brûlé en 1629,

Martin Jacqueline, guérisseuse de St-Nicolas-de-Port, poursuivie en 1613,

Mengeatte Des Woilrez, bannie de St-Nicolas en 1584,

Nigail Nicolle, 60 ans, guériseuse de St-Nicolas-de-Port, veuve de Nicolas Mangin, brûlée en 1582,

Noel Catherine, femme de Noel Demenge, pâtre de Tonnoy, torturés tous les deux à Barbonville en 1608,

Rayel Barbeline, de Blainville-sur-l’Eau, brûlée à Blainville-sur-l’Eau, en 1587,

Regnauld le Boucher, de St-Nicolas-de-Port, poursuivi en 1602,

Renard Guillaume, de Barbonville, enfui après avoir été torturé en 1608,

Ruffe Catherine, brûlée à Velle-sur-Moselle, en 1587,

Vaultrin Jeannotte, de Dombasle-sur-meurthe, femme de Gabriel Vaultrin, brûlée en 1613,

Xallé (ou Challé) Anne et Quirine, de Blainville-sur-l’Eau, brûlées toutes deux à Blainville-sur-l’Eau en 1587

en savoir plus sur la sorcellerie et l'inquisition

Merci à M.Jacques Roehrig pour son aide et les divers commentaires, extraits de son livre exceptionnel "A mort , la sorcière", Editions La Nuée Bleue, sur la sorcellerie en Lorraine et à la Revue Lorraine Populaire (coutoisie JM Cuny).

en savoir plus sur l’auteur 

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